Le porc grillé accompagné de nouilles de riz est l'une de ces combinaisons vietnamiennes si fondamentales qu'elle n'a guère besoin d'explication. Mais le "bun cha que tre" — la variante aux brochettes de bambou originaire de la province de Thanh Hoa — mérite une discussion à part. La méthode de cuisson change tout.
Ce que signifie réellement 'Que Tre'
Le nom se décompose simplement : bun désigne les nouilles de riz rondes et blanches, cha fait référence à la galette ou à la boulette de porc assaisonnée, et que tre signifie brochette de bambou. C'est ce dernier point qui fait toute la différence. Là où le "bun cha" classique — la version de Hanoi — utilise un panier grillagé ou une grille plate au-dessus du charbon de bois, le bun cha que tre enfile le porc directement sur des bâtons de bambou vert avant de le griller. Cela semble être un détail mineur. Il n'en est rien.
Le bambou vert retient l'humidité. Pendant que la viande cuit sur le charbon, la brochette cuit à la vapeur de l'intérieur vers l'extérieur, empêchant le cha de se dessécher tout en lui permettant de s'imprégner de la fumée et de griller correctement en surface. Le bambou lui-même libère un arôme herbacé et légèrement sucré qui se transmet au porc — subtil, mais perceptible une fois qu'on le sait. Aucune brochette en métal ne peut reproduire cela.
Origines à Thanh Hoa
Thanh Hoa se situe à environ 150 km au sud de Hanoi, là où le delta du fleuve Rouge commence à laisser place à la côte nord-centrale. C'est une province avec son propre registre culinaire — ni tout à fait nordique, ni tout à fait central — et le bun cha que tre appartient à cette identité hybride.
Les récits locaux attribuent le plat aux étals de bord de route qui servaient les commerçants et les voyageurs empruntant l'ancienne route nord-sud. Le bambou était partout, le charbon de bois était bon marché et le porc était abordable en petites portions. Enfiler la viande sur des bâtons de bambou coupés à la main permettait de résoudre le problème du matériel (pas besoin de panier grillagé) et de garder des portions individuelles. On grillait ce que l'on vendait, brochette par brochette.
Le plat est resté largement régional pendant des décennies. Il a commencé à être mieux connu en partie grâce à la croissance de la culture du "quan nhau" (lieux où l'on boit et mange) — le bun cha que tre se marie parfaitement avec la bière — et en partie grâce aux migrants du centre du Vietnam qui ont apporté leurs habitudes alimentaires à Hanoi et Saigon.
La préparation du porc
Le cha lui-même est assaisonné de manière plus affirmée que les galettes de style Hanoi. Une recette standard de Thanh Hoa comprend :
- Porc haché (ratio maigre/gras d'environ 70/30)
- Sauce de poisson (nuoc mam), une petite quantité de pâte de crevettes fermentée (mam tom), sucre
- Citronnelle et échalotes hachées
- Poivre noir moulu — plus que ce à quoi vous pourriez vous attendre
La présence de citronnelle est un marqueur de l'influence du centre du Vietnam qui remonte vers le nord. Certains stands ajoutent une pincée de curcuma, donnant au cha fini une légère teinte dorée et une note terreuse subtile. Le mélange est fermement pressé autour du bambou, façonné en cylindres allongés plutôt qu'en galettes rondes et plates comme dans le bun cha de Hanoi.

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Comment le plat est servi
La présentation est moins structurée qu'un bol classique. Les brochettes grillées arrivent sur une assiette ou dans un panier — vous retirez vous-même le cha du bâton. Un bol de bouillon est servi à côté : plus fin et moins sucré que le bouillon de trempage de Hanoi, plus savoureux, parfois avec un trait de vinaigre de riz plutôt que de vinaigre blanc.
Les nouilles sont servies séparément, à température ambiante, en un modeste écheveau. Des herbes fraîches — pérille, menthe, fleur de bananier ciselée — sont disposées à côté de papaye verte ou de daikon marinés. Vous composez votre bouchée vous-même : nouilles, herbes, un morceau de cha, et un trempage dans le bouillon.
Certains stands autour de Thanh Hoa le servent sec — sans bouillon du tout, juste avec une sauce à base de pâte de crevettes fermentée diluée avec du citron vert et du piment. Cette version est plus intense, idéale avec une "bia hoi" en accompagnement.
Variantes régionales à connaître
La version côtière
Le long de la côte de Thanh Hoa — autour de la plage de Sam Son — les vendeurs mélangent parfois une petite quantité de crevettes hachées au porc. Le cha est légèrement plus léger en texture, avec une douce note sucrée provenant des fruits de mer. La brochette de bambou joue toujours son rôle, mais le profil aromatique penche davantage vers le littoral.
L'adaptation de Hanoi
Les vendeurs de Hanoi qui proposent du bun cha que tre conservent généralement le format de la brochette, mais adoucissent l'assaisonnement pour les palais du nord — moins d'intensité en sauce de poisson, pas de pâte de crevettes, et une citronnelle plus discrète. Le bouillon se rapproche du standard aigre-doux de Hanoi. C'est une version correcte, bien qu'elle lisse ce qui rend l'original si intéressant.
La version des étals de Saigon
À Saigon, le bun cha que tre apparaît occasionnellement dans les zones où vivent des communautés de migrants du nord, notamment dans les districts de Binh Thanh et Go Vap. Les versions du sud ajoutent souvent de l'ananas frais dans le bouillon et remplacent la pérille par du basilic thaï. La brochette de bambou survit au voyage vers le sud, mais l'assaisonnement s'adapte à une base plus sucrée.

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Comment commander
Dans un stand qui maîtrise le plat, vous aurez deux variables à communiquer :
- La taille de la portion : Une portion (mot phan) inclut généralement 3 à 4 brochettes. Demandez hai phan si vous avez faim ou si vous partagez avec une bière.
- Avec ou sans bouillon : Co nuoc (avec bouillon) ou kho (sec, avec sauce de trempage). Les novices devraient opter pour le bouillon.
Fourchette de prix : 35 000 à 60 000 VND par portion selon l'emplacement et le nombre de brochettes. Pour tout prix inférieur à 30 000 VND dans un stand assis, il est permis d'être sceptique quant à la qualité de la viande.
Où goûter la version canonique
Quan Bun Cha Que Tre Ba Hoa — Ville de Thanh Hoa. Le point de référence pour le style original. Une petite échoppe de deux tables près du marché de Thanh Hoa qui prépare ce plat depuis si longtemps que le menu se résume au bun cha que tre et à des boissons en bouteille. Ouvert de 7h du matin jusqu'à épuisement des stocks, généralement vers midi.
Bun Cha Que Tre 37 Hang Than — Hanoi. Hang Than, dans le vieux quartier, compte de nombreux vendeurs de bun cha ; celui-ci met spécifiquement en avant la préparation de Thanh Hoa et réussit à maintenir la note de citronnelle et le format de la brochette de bambou. Comptez environ 50 000 VND par portion.
Quan Bac — Binh Thanh, Saigon. Un spécialiste de la cuisine du nord qui propose du bun cha que tre à la carte la plupart des soirs. L'adaptation du sud est présente mais reste subtile. Une bonne option si vous êtes à Saigon et souhaitez comparer par vous-même l'évolution régionale.
Notes pratiques
Le bun cha que tre est un plat du matin jusqu'au milieu de la journée à Thanh Hoa — la plupart des stands ferment vers 13h. À Hanoi et Saigon, on en trouve plus tard dans la soirée, surtout dans les endroits qui le présentent comme un accompagnement pour la bière. Si vous voyagez à travers Thanh Hoa sur la route nord-sud, cela vaut le détour : la province est à environ 2h30 de route de Hanoi ou à un court arrêt sur la ligne du train Reunification Express.
Dernière mise à jour · May 29, 2026 · recherche indépendante, jamais sponsorisée.







