Pourquoi Can Tho est la capitale du bun mam

Le "Bun mam" — une soupe de nouilles de riz au bouillon de poisson fermenté — se trouve partout dans le delta du Mékong, mais Can Tho détient le monopole de la recette authentique. La ville est située au confluent des rivières Can Tho et Hau, et la sauce de poisson est au cœur de la gastronomie régionale depuis des siècles. Ici, les locaux ne cherchent pas à justifier leur bun mam par des théories culinaires ; ils en mangent tout simplement en permanence, ce qui signifie que les stands médiocres ne font pas long feu. Les vendeurs installés au même coin de rue depuis plus de 20 ans savent exactement quelle quantité de pâte d'anchois fermentée utiliser, quand retirer le bouillon du feu et quels morceaux d'abats sont les plus savoureux.

Contrairement à la version que vous trouverez à Da Lat ou à Saigon — qui peut sembler timide ou trop sucrée — le bun mam de Can Tho a du caractère. C'est un petit-déjeuner conçu pour vous réveiller, pas pour vous apaiser. Le bouillon est vif, d'une couleur brun ambré, et dégage une odeur de marée et de fermentation, dans le meilleur sens du terme.

Où vont les locaux

Bun Mam Ba Lai (angle des rues Tran Hung Dao et Cai Khe)

C'est l'adresse la plus facile à trouver et la plus "officielle" de la ville. Ba Lai est là depuis les années 1990, occupant une petite échoppe avec environ six tables en plastique. Le bouillon a exactement le goût qu'il devrait avoir : profond, typé, avec une légère douceur apportée par la pâte fermentée. Ils utilisent des abats de porc (foie, rein, parfois tripes), de la pâte de crevettes d'eau douce et une pincée d'échalotes frites. Un bol coûte entre 35 000 et 40 000 VND. Allez-y à 6h ou 11h — à 13h, ils ont généralement épuisé tout le bouillon. C'est le genre d'endroit où le propriétaire vous fait un signe de tête quand vous vous asseyez ; pas de menu, pas de questions.

Bun Mam Tau (zone du parc Hoa Binh, près de l'embarcadère)

Plus petit et moins visible que Ba Lai. Tau propose une installation avec chariot et tables qui se déplace légèrement selon la saison et son humeur, mais toujours à portée de vue de l'eau. Le bouillon est ici un peu plus doux et plus accessible que celui de Ba Lai — ce n'est pas un compromis, juste une main différente. C'est la version que votre grand-mère aurait pu préparer si votre famille avait été aisée ; celle de Ba Lai est la vérité du stand de rue. 30 000 VND par bol. Le coup de feu du déjeuner se situe entre 11h et 13h. C'est là que les locaux emmènent les invités qui ne sont pas prêts pour une fermentation trop agressive.

Bun Mam Tien (rue Tran Phu, côté ouest)

Un restaurant de 15 tables (pas un simple stand), ce qui le rend plus accueillant pour les touristes sans pour autant perdre sa crédibilité auprès des locaux. Tien s'approvisionne auprès du même fournisseur de pâte de poisson que les vendeurs de rue. Le cadre est plus agréable — tables en stratifié, ventilateur, serviettes — mais le bol est tout aussi authentique. 40 000 VND. Ouvert de 5h30 pour le petit-déjeuner jusqu'au déjeuner. C'est votre option de sécurité si vous voyagez avec quelqu'un qui craint le mobilier en plastique.

Bun Mam Ut (stand d'angle, rue Nguyen Hue près du quai Bach Dang)

Ut possède la plus petite installation : trois tables, un brûleur, un pot de fermentation qui date probablement d'avant l'an 2000. Le bouillon est épais, presque comme un ragoût, avec des éclats visibles d'anchois fermentés. Commandez en pointant du doigt. 25 000–30 000 VND. Uniquement le matin, de 5h30 à 10h. C'est l'expérience locale la plus authentique ; les non-vietnamophones peuvent se sentir perdus, mais Ut vous servira quand même.

Bun Mam Nga (rue Ly Tu Trong, au sud du centre-ville)

L'endroit de Nga a l'air plus récent, ce qui a rendu les locaux sceptiques au début, mais le bouillon les a convaincus. Elle utilise un bouillon de porc comme base (et non uniquement de la pâte fermentée), ce qui lui donne plus de corps. Certains habitués préfèrent, d'autres disent que c'est de la triche. 35 000 VND. Ouvert de 5h à midi. Un bon compromis entre puissance et confort.

Vue sereine du coucher de soleil sur les montagnes majestueuses de Lang Son se reflétant dans un lac tranquille.

Photo de Sergey Guk sur Pexels

Ce qui rend la version de Can Tho unique

Le bun mam dans les autres villes du Mékong (Soc Trang, Bac Lieu, Vinh Long) a tendance à miser sur le sucre — sucre, caramel, voire ananas frais. C'est conçu pour adoucir le punch du poisson fermenté. Les vendeurs de Can Tho ne s'encombrent pas de cela. Ils font confiance au goût brut et construisent autour. Le bouillon reste savoureux et vif, et la douceur — si elle apparaît — est accidentelle, un sous-produit de la pâte elle-même.

Les nouilles comptent aussi. Les stands de Can Tho utilisent des nouilles de riz légèrement plus épaisses et plus fermes que ce que vous trouverez ailleurs, et ils ne les font pas trop cuire. La texture résiste bien au bouillon corsé. Les garnitures sont minimales : abats de porc (cuits jusqu'à être tendres, presque crémeux), parfois des galettes de pâte de crevettes, toujours des échalotes frites et une pincée d'herbes (aneth, coriandre ou simplement oignon vert). Pas de légumes, pas de suppléments. Ce n'est pas un plat à personnaliser ; c'est une institution figée.

Comment commander

Pointez le pot de bouillon du doigt. Indiquez la taille avec vos doigts (petit, moyen, grand). Si vous ne parlez pas vietnamien, "mot, hai, ba" (un, deux, trois) fonctionne très bien — les vendeurs comprendront qu'il s'agit de la taille du bol. La plupart des endroits ajouteront un mélange standard d'abats, sauf si vous vous y opposez. Si vous avez une aversion, pointez du doigt et secouez la tête.

Demander "bun mam" est inutile ; ils savent ce qu'ils servent. On pourrait vous demander "dung" (chaud/température ambiante ?) ou vous proposer un choix de froid/chaud — sauf s'il est 6h du matin, auquel cas le chaud est la norme.

Vue sereine du coucher de soleil sur les montagnes majestueuses de Lang Son se reflétant dans un lac tranquille.

Photo de Sergey Guk sur Pexels

Horaires

Le bun mam est un plat de petit-déjeuner, bien que certains stands restent ouverts pour le déjeuner. Le vrai créneau est de 5h30 à 10h, quand le bouillon est frais et que le rythme est le plus soutenu. Quelques endroits (Ba Lai, Tien) continuent jusqu'en début d'après-midi, mais le bouillon s'affine au fil de la journée. Si vous faites la grasse matinée, vous manquerez les meilleurs. Le dîner n'est pas une option pour le bun mam à Can Tho — le plat se vit le matin.

Le meilleur jour pour y aller est en semaine. Les week-ends attirent les touristes d'un jour et entraînent une légère baisse de concentration ; les vendeurs ne sont pas plus lents, mais le rythme des habitués est rompu. Vous voulez manger là où les locaux mangent, et les locaux mangent leur bun mam avant d'aller travailler.

Notes pratiques

Ayez de la petite monnaie sur vous ; la plupart des stands n'acceptent pas la carte bancaire. L'odeur de la rivière fait partie de l'expérience, ce n'est pas un défaut. Si le goût du poisson fermenté est vraiment trop fort pour vous, tenez-vous-en à Ba Lai ou Tau, qui sont plus abordables. Ne vous attendez pas à ce qu'on parle anglais ; souriez et pointez du doigt.

— FIN —

Dernière mise à jour · May 26, 2026 · recherche indépendante, jamais sponsorisée.